Je rappelle le sujet :


Le futur roman de Martine commence par "Le vent avait soufflé toute la journée ... ". Ecrivez lui votre première page pour lui mettre le pied à l'étrier.

Je pensais avoir perdu ce recueil, je viens de le retrouver et je le publie pour la postérité. Et on peut dire que le vent c'est d'actualité ici car il souffle depuis 15 jours sans discontinuer !

La contribution d'Olivier

Le vent avait soufflé toute la journée, un de ces vents comme on en avait pas eu depuis plusieurs mois. En garant sa voiture sous la grange le soir, Martine vit immédiatement que son mari avait oublié de sortir la lessive qu'elle avait lancée le matin avant de partir. Le seul effet positif qu'aurait pu avoir ce vent était ainsi gâché. Sans prendre le temps d'ouvrir la maison pour y poser son sac, elle se dirigea vers le local ou se trouvait la machine à laver. Il faisait encore suffisamment jour pour étendre le linge et peut être ainsi profiter d'une nuit de vent avec un peu de chance. En entrant dans le local elle constata sans surprise qu'une quantité impressionnante de feuilles mortes s'y était engouffrée par la porte laissée ouverte. Elle était pourtant presque sûre de l'avoir fermée ce matin. Elle se dirigea donc vers la machine à laver en brisant ce barrage de feuilles mortes à grandes enjambées. A moins d'un mètre de la machine à laver sa progression fut stoppée par une résistance inattendue. Son pied venait de heurter un obstacle dont la consistance ne laissait pas de doute. L'information suggérée par son pied fût confirmée dans la seconde même lorsque baissant les yeux elle vit qu'une main dépassait du tas de feuille.

Bien sûr personne n'est jamais vraiment préparé à ce genre de découverte et Martine aurait normalement du avoir une réaction instinctive telle que crier ou s'évanouir, mais avant que cette réaction ait eu le temps de prendre forme, elle réalisa que c'était ce soir son 45ème anniversaire et qu'avec la bande d'ahuris que formaient son mari et ses enfants elle devait se préparer à ce genre de gag. Elle se dirigea donc calmement vers la machine à laver en enjambant le présumé macchabée, et poussant la plaisanterie jusqu'à siffloter, elle ouvrit la machine pour commencer a en extraire le linge humide. Elle découvrit alors avec surprise que le linge était sec. La machine ne s'était pas enclenchée correctement le matin et elle allait donc relancer le lavage depuis le début du cycle. Cette nouvelle contrariété lui fit oublier un instant la farce qu'elle était supposée jouer : finalement ce vent avait vraiment soufflé toute la journée pour rien. Elle ajusta le bouton sur " départ cycle lavage " et attendit quelque instant pour entendre l'eau arriver et le tambour tourner. Lorsque ce fut fait elle contrôla par la fenêtre du tambour et cette fois ci ses instincts l'emportèrent sur la raison car avant de s'évanouir elle avait eu le temps de reconnaître le visage qui tournait derrière la vitre …

 

La contribution d'Adèle

 

Le vent avait soufflé toute la journée et la coiffure de Martine en avait pris un coup. Ce petit trouble capillaire n'était certes pas important, mais il fatiguait Martine car il s'inscrivait dans une longue suite d'incidents mineurs mais désagréables qui la rendaient lasse. Elle devait encore faire à manger, assister Pierre dans ses devoirs qui auraient déjà dû être faits depuis longtemps, attendre des nouvelles d'Adèle, qui, une fois de plus, serait incapable de lui dire à quelle heure était son bus, et il fallait aussi qu'elle discute avec Clément à propos de bizutages dans son lycée, puisqu'elle y avait été " vivement encouragée " par le proviseur. Et en plus ce soir il y avait piscine…

 

 

Voilà ce qui trottait dans la tête de Martine, dans sa Soubirou, alors qu'elle rentrait chez elle, et on est très reconnaissant à la narratrice d'avoir structuré ces pensées, quand un Beckett ou un Cohen les aurait retranscrites pèle-mêle, ce qui est proprement illisible. Mais fi de ces perfidies, Martine s'inquiétait à présent de voir le check engine clignoter. Elle se serait bien arrêtée sur le bas-côté pour voir ce qui se passait, ou au moins pour calmer la voiture, si ce connard d'Ariégeois moustachu ne l'avait pas collée comme ça avec sa BM. Martine comprenait bien que lui aussi devait être pressé de rentrer chez lui, mais quand même, pourquoi est-ce que tout le monde avait décidé de l'emmerder juste le jour où elle était crevée ?

 

 

Ici, la narratrice s'excuse auprès de sa mère pour ce qu'elle s'apprête à écrire, et tient à préciser qu'elle juge la conduite de sa maman très bonne, mais alors que Martine était perdue dans ses pensées, elle ne vit pas le parachutiste qui descendait à grande vitesse sur la route de Seysses. Pourtant, il portait une tenue très multicolore, mais bon, il y a des jours où on est un peu fatigué et où on ne réagit pas assez vite, et bref, Martine dût piler pour éviter le parachutiste. Rendons justice à notre héroïne, si sa réaction fut quelque peu tardive, c'est l'Ariégeois de derrière qui fut le plus long à la détente.

 

 

Je ne vous cache pas que la Soubirou était dans un sale état. Pour faire court, puisque jusqu'ici je me suis un peu appesantie, il n'y avait plus d'arrière. Martine et l'Ariégeois sortirent chacun de leur voiture pour s'enquérir de l'état du parachutiste. Heureusement, il allait bien. Malheureusement, c'était Thierry Ardisson. Martine était soulagée d'avoir sauvé une vie, mais une fois encore, alors que ce parachutiste aurait pu être un jeune prof d'espagnol écologiste militant à Amnesty International, pourquoi ce revers de médaille ?

 

 

Là encore, Martine fut stoppée dans ses réflexions par un bip bip particulièrement crispant. Il semblait provenir de la Soubirou - ou de ce qu'il en restait. Le check engine avait du encore plus morfler avec la secousse. Alors que l'Ariégeois aidait Thierry Ardisson à se relever, Martine pressentit que ça allait mal tourner et se mit à chercher un moyen de partir d'ici au plus vite. Une voiture s'était arrêtée pour porter secours. Martine se dirigea vers elle, et quelle ne fut pas sa surprise d'y découvrir à l'intérieur, toute sa famille ! Après de chaleureuses retrouvailles, et malgré les objections de son mari, Martine prit le volant et appuya sur le champignon, cap sur Crabille.

 

 

La présence d'esprit de Martine, ainsi que sa rapidité d'action, sauvèrent sa famille, puisqu'à peine avaient-ils quitté Thierry Ardisson et son nouveau copain à moustache que la Soubirou explosa. Les Allais furent donc épargnés, mais pas le présentateur télé, ni le conducteur peu prudent.

 

 

Cette histoire n'a pas de morale, mais il est intéressant de noter que quelqu'un qui achète une voiture hors de prix et peu fiable, peut aussi sauver sa famille et débarrasser la planète de ses souillures telles que les chauffards et les gens qui s'appellent Thierry Ardisson.

 

La contribution d'Aline

 

Le vent avait soufflé toute la journée... Martine Allais, déprimée par ce temps, décida d'aller jouer au loto. Quand elle était de cette humeur, soit elle s'attaquait à ses petits jaunes, soit elle allait au loto. Ce jour-là, elle choisit la deuxième solution. Il est vrai que Martine perdait toujours et misait beaucoup d'argent. Mais chaque fois qu'elle s'y rendait, elle espérait que la chance serait avec elle. Comme quoi l'espoir fait vivre !

 

 

Donc, Martine monta dans sa Soubirou en espérant rapporter de l'argent. Si elle gagnait beaucoup d'argent, la première chose qu'elle ferait, ce serait d'acheter une meilleure voiture à son mari, Olivier. Une Soubirou qui cale tout le temps, cela ne faisait pas que des envieux. Comme toujours, elle perdit, ce qui n'arrangea pas son humeur. Le soir, l'atmosphère était morose, comme le temps…

 

Le lendemain, Martine était seule chez elle, quand un homme inconnu frappa à sa porte. Il affirma qu'Olivier Allais avait participé à un concours littéraire et avait gagné un chèque de 30 000 euros. Elle se précipita à l'intérieur pour prouver son identité à ce monsieur. Il accepta donc de lui donner l'argent. Martine décida donc d'aller retirer l'argent tout de suite et d'acheter une nouvelle voiture avant qu'Olivier ne rentre, sans même lui demander son avis ! Elle se rendit à la banque et remit le chèque au banquier. Celui-ci la regarda bizarrement, puis se retira en lui disant qu'il revenait tout de suite. Quand il revint, il lui annonça que la signature sur le chèque était fausse. Elle eut beau lui expliquer cette histoire de concours, lui donner le nom du magazine… Il lui affirma que cette revue n'existait pas !

 

 

Martine pensa que la malchance lui était tombée dessus et n'alla plus jamais jouer au loto. Depuis, quand elle est déprimée, elle ne fait que s'attaquer à ses petits jaunes. Eux, au moins, ne lui font pas de mal, à part lui rendre le nez rouge quand elle ne les consomme pas avec modération !

 

La contribution de Bernard

 

Le vent avait soufflé toute la journée sur le plateau du Cantal, le soir le ciel s'était dégagé et dans cet air vif et limpide, la vue portait jusqu'à la chaîne des volcans.

Martine Allais se promenait avec son frère Gérard sur les chemins de la commune d'Arnac qui serpentent au milieu des prés où paissaient paisiblement les troupeaux de vaches Salers. Devant un petit veau tétant sa mère, elle se sentait tout attendrie. Deux choses avaient contribué à faire naître ce sentiment de bien-être : d'une part la partie de tarot disputée la veille où les cartes lui avaient été particulièrement favorables et d'autre part l'apéritif à la gentiane pris une demi-heure plus tôt.

Elle n'eut aucunement conscience à cet instant d'une série d'événements qui se passèrent en cette fin de journée et qui démentirent l'impression trompeuse d'un univers paisible et tranquille. En passant du microcosme au macrocosme, on pourrait citer l'attaque d'une chenille par une colonne de fourmi dans le bas côté du chemin, une écrevisse dans le lac d'Enchanet se fit avaler par une perche géante surnommée le "monstre bossu " par les pêcheurs qui l'avaient aperçue, Gérard lâcha une flatulence qui, démontrant la pertinence de la théorie du chaos provoqua sept jours plus tard le 25 avril une tempête dans le Pacifique et enfin une supernova explosa dans la Voie lactée faisant dévier de sa course un astéroïde qui cinq mille ans plus tard percutera la Terre effaçant toute trace de vie sur la planète. Mais tous ces événements dramatiques furent ignorés par Martine qui baignait dans une douce euphorie.

En regagnant le gîte de vacances où l'attendait bien au frais une bouteille de chablis, elle croisa le fermier voisin accompagné de deux autres paysans, un homme et une femme à la mine renfrognée. D'habitude loquace, le fermier paraissait embarrassé et coupa court à toute tentative de conversation.

Cet incident perturba un peu la sérénité de Martine au moment de se coucher. Depuis plusieurs nuits auparavant, elle faisait le même rêve : elle rentrait dans son ancienne maison de Parieu -Bas, un village tout proche d'Arnac, vendue depuis deux ans à un dénommé Oratus exploitant forestier, à l'insu de ce dernier. Cette nuit-là, le rêve se fit plus précis. Entendant des bruits dans la cave, elle vit Oratus et les deux ouvriers agricoles qui s'activaient autour d'un étrange appareillage fait de cornues et d'alambics et d'un karcher à haute pression en psalmodiant dans un langage inconnu.

Le lendemain matin, Martine était troublée par le souvenir vivace de son rêve. Comment l'interpréter ? Fallait-il faire appel à la psychanalyse ? S'agissait-il de rites sataniques ou pire d'une vision prémonitoire d'un trafic de champignons hallucinogènes qui poussent dans les bouses de vache ? Elle réfléchit beaucoup sur cette dernière idée, cela expliquait pourquoi Oratus n'avait quasiment rien changé dans la maison ; son isolement convenait parfaitement à ses activités frauduleuses. Mais pouvait-elle alerter la gendarmerie avec comme seule preuve son intime conviction ? D'autre part, elle et sa famille pourraient courir un grand danger si elle enquêtait plus en avant sur les pratiques d'Oratus. Ce dilemme allait gâcher la fin de ses vacances. Mais soudain elle entrevit une solution : elle écrirait un roman policier sous un pseudonyme qui raconterait la vérité sur Oratus.

 

La contribution de Bernard

 

Le vent avait soufflé toute la journée. Un vent lourd de menace, un vent chargé d'on ne sait trop quoi….

 

 

Pourtant, la journée avait plutôt bien commencé.

 

Le soleil brillait de tout son éclat, avec de petits riens qui vous mettent de bonne humeur. Ce sentiment communicatif qui rend les choses de la vie, les gestes de tous les jours, agréables à réaliser. Bref, un soleil qui vous donne l'envie irrésistible de vivre.

Certains gestes répétitifs, fastidieux vous apparaissent alors chargés d'intérêt, de nouveauté.

 

C'est donc dans cet état d'esprit que Martine avait commencé sa journée, avec une folle envie de cuisiner.

Elle se mit donc aux fourneaux et se prépara son plat favori : un haricot de mouton. Durant toute la préparation, pôvrette, elle en salivait à l'avance, elle voyait déjà ce plat fumant dans son assiette !

 

Et c'est ainsi que le vent avait soufflé toute la journée et parfois, les journées paraissent bien longues, lorsque les vapeurs de flatulences à répétition, masquent la pendule...

Et pourtant, c'est bien normal ,me direz-vous, lorsqu'on connaît la famille de Martine.

Sa mère lui avait transmis une maladie héréditaire : la maladie du boyau de la bécasse. Une maladie orpheline……………………………………………….

 

Un conseil : un peu de sexe au chapitre 5 pour augmenter les ventes

 

La contribution de Boris

 

Le vent avait soufflé toute la journée... Le danger avec ce vent là pour un patrouilleur comme moi était surtout qu'il charriait de très nombreuses particules , fines mais denses , de ce que les astronomes avaient un temps appellé des poussières d'étoiles et qui , en fait , n'étaient que les déchets que toutes les missions précedentes avaient laissé s'échapper par leur vide-vite.Apres moi, l'orage:devaient-ils se dire!

 

 

Des boulons , des morceaux de panneaux solaires , des bouts de métaux et des tampax usagés, tout ce dont l'Homme à besoin dans l'espace, si finement lacérés par le vent solaire que ça en devenait des nuages de matière presque compacte et qui, dans la lumiere de Titan ,faisaient des couleurs somptueuses sur mon ecran de quart.

 

 

Le problème , c'est que je n'étais vraiment pas là pour admirer les aurores de Titan, mais pour essayer de trouver l'émetteur d'un mayday , s'il en restait encore quelque chose. Un mayday dans cette zone signifiait presque toujours une collision, et , donc , de gros risques de dépressurisation, ce qui voulait dire qu'une fois sur deux , on n'avait que du hachis parmentier à ramasser dans une carlingue déchiquetée.

Je remis le contact des propulseurs d'une pression sur le contact de veille. Le grondement que j'entendis me confirma le démarrage du protocole.

 

 

Soudain , le bipper de l'alerte de collision proximité se mit à hurler , je n'eu que le temps de balançer la trajectoire d'un coup de poignet pour éviter un spatio-cargo , visiblement à la dérive,sur lequel je fonçais.

 

 

"Mais pourquoi la séquence n'a-t-elle pas démarrée toute seule, bordel ! " me dis-je en shootant le pallonier dans l'autre sens de colère ,afin de reprendre mon cap de vol vers les naufragés. Je regardais les temoins de veille du radar: tous éteints. Je collais une claque sur le coté du panneau, les témoins clignotèrent deux ou trois fois en emettant un bruit de court-circuit caractéristique. Décidement les patrouilleurs seront bientôt bons pour la casse, à ce rythme. Deux incidents à l'appontage cette semaine pour son collègue, uniquement dû à des erreurs du système de callibrage des commandes de vol non-subluminique ,un patrouilleur détruit dans la forêt d'astéroides à cause d'une panne de radar, comme moi; ça commence à faire beaucoup pour une vocation! Je veux bien croire que les efforts de guerre contre les Klingons et les Alpha-centaures mobilisent tous les budgets ordinairement dévolus à la patrouille mais là, c'en sera bientot fini de la glorieuse patrouille du troisième cadran de Titan.

 

 

Tout à coup , le tableau de bord entier s'éteignit avec un claquement. Là , j'étais vraiment dans de beaux draps. Je n'avais même plus de radio pour envoyer un s.o.s! Je tentais de taper à nouveau sur tous les panneaux, sans résultat. C'était une méthode familliale que mon père m'avait transmise au grand dam de ma mère et qui donnait d'assez bons résultats, tant sur les faux contacts que sur mes nerfs, en général. C'est en procédant avec méthode ( en tapant donc méthodiquement partout ) que je découvris la fiche défectueuse derrière le panneau de commande auxiliaire. Vite , je la débranchais d'un geste vif, trouvais le fil coupé , le dénudais avec les dents ( une autre coutume familiale ) et procédais au shunt du faux contact. Immédiatement, le vaisseau reprit vie, et , aussitot, tout se mit à hurler et à se balancer dans tous les sens. J'attrapais ma sangle pour tenter de me rasseoir dans mon siège ,les pieds par dessus la tête.

 

 

C'est là, dans cette posture facheuse que j'aperçu mon mayday sur l'écran repétiteur. C'était un modèle construit dans le troisieme Empire du milieu , une Sibari à triple rayon corelli, un de ces engins bardés d'electronique qui est toujours en difficulté dès que le vent solaire souffle du cadran Autan ,celui qui transporte le plus de particules ferreuses.

"5.31 , me reçevez-vous? 5.31 , ici patrouilleur1.33, précisez vos difficultés, over" dis-je.

" mayday ici 5.31, je n'ai plus de contact à l'injection d'hydrogène. Je pense que la carte electronique est morte. Est-ce que vous pouvez me remorquer?"

"on va voir ce qu'on peut faire , mais , je ne sais pas si vous avez remarqué , le vent a soufflé toute le journée."

"Tiens c'est drole, çà."

"Quoi , je ne vois pas ce qu'il y a de drôle"

" Non, non rien à voir avec nous. C'est juste que, en vous attendant, j'ai commençé à lire un livre, vous savez , sur du vrai papier , un bouquin du vingt et unième siecle, un best seller de l'époque."

" ha oui , un truc rectangulaire en carton où on écrivait des histoires, avant?"

" oui, c'est ça , un machin que j'ai déniché dans une fouille archéologique sur Terre, dans une ville détruite par la Grande Flamme de 2123. Y en avait toute une pile , presque intacte, c'est dire si ce livre avait du bien marcher, pour qu'il en reste autant."

"Et quel est le rapport avec nous?"dis-je en arrimant le sas.

"bof , rien , juste le titre du livre par rapport à ce que vous veniez de dire."

 

La contribution de Bruno

 

Le vent avait soufflé toute la journée. Cela arrivait souvent en cette période de fin du mois d'août. Martine regardait les jeunes plants de salade qu'elle venait de repiquer. Ils avaient soif. " Ils sont graves Mdame, vos trucs " auraient certainement dit ses élèves, s'ils avaient été là. Comme souvent son esprit " zappait " sur son travail.

Prenant son arrosoir, elle se dirigea vers le robinet situé sur le mur du local de la machine à laver. Soudain, elle frissonna. Elle pensait à un roman dont elle venait juste de commencer la lecture. Le décor de ce dernier ressemblait à celui qu'elle avait sous les yeux. Et comme dans le roman, dont le nom de l'auteur lui échappait, une quantité impressionnante de feuilles mortes s'était engouffrée dans le local de la machine à laver, par la porte laissée ouverte. L'image d'une main dépassant de ce tas de feuilles la fit frissonner de nouveau.

Plusieurs allers et retours entre le jardin et le robinet furent nécessaires pour bien arroser les jeunes salades. Prenant bien soin de refermer le portillon du jardin, à cause des poules, elle s'arrêta quelques instants pour contempler son potager, avant de rentrer préparer le repas du soir. Le ciel s'était fortement obscurci. Le grondement du tonnerre s'intensifiait. Quelques grosses gouttes la tirèrent de sa rêverie.

C'est sûr, se dit-elle, les Poloni vont débarquer ce soir.

 

La contribution de Charlotte

 

Le vent avait soufflé toute la journée... C’était le seul souvenir qui me restait de ma mère, partie alors que je n’avais que 4 ans. Tous les soirs elle me racontait cette histoire, mais je ne me souvenais que de ce début. Ces quelques mots étaient tellement importants pour moi.

 

J’avais maintenant 25 ans, j’avais passé ces dix dernières années à la chercher, elle et cette histoire. Mais, je n’en pouvais plus, je n’avais plus la force. Tout mon entourage me répétait que c’était fini, que je ne la retrouverai pas, qu’il fallait que je m’occupe de moi maintenant. Je ne voulais pas abandonner, mais en réalité, je rêvais de pouvoir vivre ma vie, seulement ces mots m’empêchaient de le faire. Je savais que tant que je ne la retrouverai pas, ce serait impossible. Mais avais-je vraiment une chance? J’allai dans le parc, où ma mère avait l’habitude de m’emmener, je m’allongeai dans l’herbe et fermai les yeux. Je me mis à pleurer et chuchotai : « Le vent avait soufflé toute la journée… »

 

«… et les feuilles s’étaient toutes envolées. » me murmura une voix.

 

Non, je ne pouvais pas le croire, cette voix…

 

La contribution à options de Claude

 

 

Le vent avait soufflé toute la journée. Un vent froid en ce début de printemps qui soulevait la poussière dans un ballet de feuilles mortes en souvenir d'un hiver déjà oublié. Sifflant à présent à travers les volets disjoints, l'Autan déversait toute son agressivité comme pour chasser avec force, hors de la région, les masses d'air venues d'ouest… ( option anti sioniste )

Selon les anciens du pays l'Autan soufflerait trois jours, six jours ou neuf jours.

Trois six neuf ces mots résonnaient dans sa tête comme autant de signes annonciateurs d'une mauvaise nouvelle : à terme la pluie serait au rendez-vous. ( option écolo/antimondialisation )

Comme lors de sa première année scolaire dans la région Midi -Pyrénées, l'automne avait été maussade, l'hiver rigoureux et voilà que le printemps ne présageait rien d'encourageant.

A quoi bon se morfondre , elle n'était pas de celles que les éléments pouvaient déstabiliser , elle trouverait son rayon de soleil ailleurs que dans le ciel. ( option roman d'amour à 3€ )

Des coups répétés frappés contre la porte tirèrent Martine de ses pensées ( option polar ) .Il était déjà huit heures et demi et comme d'habitude ils seraient une fois de plus en retard...

 

Ici vous devez prendre obligatoirement l'option chorale ou l'option cinéma

 

Option anti sioniste

 

 

En écrivant ces mots Martine n'avait pu contenir une amorce de sourire vite réprimé par un sentiment d'indignation. Une fois de plus le poste de télévision avait déversé son lot d'images insoutenables. A l'instar des Bosniaques, les Afghans avaient beaucoup à craindre des masses venues d'ouest et principalement des dégâts co-latéraux qu'elles ne manquaient d'occasionner au quotidien. A quoi bon se plaindre du mauvais temps quand pour d'autres la seule préoccupation est tout simplement d'exister, de survivre ? Que penser du sort des enfants de Ramallah ? Si nous étions palestiniens arabes, depuis un siècle nous serions persécutés par le mouvement sioniste armé au fil des décennies par les coloniaux britanniques, le troisième Reich nazi, les compagnies coloniales Sud-Africaines et les Etats Unis soucieux d'implanter un ordre nouveau dans les contrées sauvages du Moyen Orient.

En ce mardi 9 avril 2002, elle avait une pensée émue pour le peuple palestinien. L'offensive dont ils faisaient l'objet s'inscrivait dans la logique sioniste et dans les quatre mythes fondateurs de l'état d'Israël. Quatre mythes qui donnaient bonne conscience dans la tâche d'aliéner et de mettre à genou tout un peuple, quatre mythes démontés par Ralph Schoenman ancien secrétaire général de la fondation pour la paix Bertrand Russel dans son excellent ouvrage " l'histoire cachée du sionisme ".

Le premier mythe c'est celui d'une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Ce mythe est insidieusement cultivé par les sionistes pour pouvoir propager l'idée que la Palestine était bonne à prendre. Ce mythe implique la négation de l'identité palestinienne comme nation, et de tout droit historique à réclamer la terre sur laquelle les Palestiniens avaient vécu

Le second mythe c'est celui de la démocratie israélienne. On entend dire que la seule démocratie " véritable " au Moyen Orient est celle de l'état d'Israël. En fait, cette société est à peu près aussi démocratique que l'état-apartheid d'Afrique du sud.

Le troisième mythe c'est celui que la sécurité est force motrice de la politique étrangère israélienne. Les sionistes proclament sans cesse qu'il est essentiel pour l'état d'Israël d'être la quatrième puissance militaire du monde pour pouvoir se défendre contre la menace de la vaste " masse de pouilleux arabes ".

Et le quatrième mythe c'est que le sionisme est le légataire moral des victimes de l'holocauste. C'est peut être là le mythe le plus pervers de tous parce que ce qu'a fait le sionisme c'est de se draper dans le linceul collectif de six millions de juifs assassinés par la main des nazis. L'ironie amère et cruelle de cette prétention injustifiée c'est que le mouvement sioniste à collaboré dès le départ avec le nazisme.

 

Option écolo/antimondialisation

 

Mais le malheur des uns faisait le bonheur des autres.

Pour les autres, elle serait enfin là, cette pluie tant attendue dans cette région assise sur une économie essentiellement agricole. Depuis plusieurs semaines c'était le principal sujet de discussion. Les précipitations se faisaient rare. Les récoltes seraient maigres. Pour les paysans il s'agissait de produire toujours plus, à moindre coût, dans le cadre d'une surproduction européenne qui ne servirait surtout pas à remplir les ventres ballonnés par la faim de millions d'enfants dans le monde.

Les technocrates maîtres d'œuvre de la politique commune agricole (PAC) au service des industriels de l'agroalimentaire avaient insidieusement mis en place un système de production dans le cadre d'une économie de marché ultra libérale dont l'unique raison était d'occasionner la chute des cours à la vente par les producteurs et augmenter les prix à l'étalage des surfaces de vente au consommateur, accroissant les marges bénéficiaires.

Dans ce cycle infernal, le paysan contraint à diminuer ses coûts, était enclin à des économies les plus perverses. L'engrais, par exemple, prometteur de belles récoltes était cher. Quelle aubaine pour eux de se voir proposer gratuitement, sous leur entière responsabilité tout de même, les boues issues des stations d'épuration dont les Vivendi et autre Lyonnaise des Eaux voulaient se débarrasser ! ! Au diable métaux lourds et germes pathogènes les enquêtes d'utilité publique managées par le ministre de l'environnement en viendront à bout, les épandages nauséabonds et risqués en terme de santé, auraient lieu ! Martine avait en mémoire le combat d'Olivier et de ses acolytes.

 

Option roman d’amour à 3€

 

Jusqu'alors impassible le visage de Martine s'illumina.

Elle n'était pas restée indifférente à son charme. Finalement cet accident qui n'avait provoqué que de légers dégâts matériels lui avait donné l'occasion de faire connaissance. Hier, il était resté courtois bien que n'étant en rien responsable de l'accrochage et l'ait même réconfortée et invité à prendre un remontant au café. D'autres l'auraient insultée et fredonné l'éternelle rengaine de l'antagonisme de la femme et du volant.N'ayant pas les papiers nécessaires pour rédiger le constat à l'amiable ils s'étaient donnés rendez-vous aujourd'hui. Elle s'était surprise à regarder sa montre à plusieurs reprises. Dans moins d'un quart d'heure, il serait là…...

 

Option polar

 

Maintenant des cris déchiraient la nuit. Des cris d'effroi. Des cris de quelqu'un qui souffre. Elle se précipita à la porte et l'ouvrit. Un corps inanimé tomba lourdement face contre sol sur les dalles du couloir. Au même moment des bruits sec occasionnés par de rapides enjambées sur le gravier de la cour attirèrent son attention. Elle abandonna une idée qui avait jailli de façon instinctive : elle ne se lancerait pas à la poursuite du fuyard. Regardant le corps qui gisait à ses pieds, elle compris que ce qu'elle avait rapidement diagnostiqué ne souffrait d'aucune équivoque possible. Le couteau planté entre les omoplates avait été fatal. Une auto démarra dans un crissement de pneus.

 

Décidément elle ne saurait rien de l'assassin, pas plus son visage que la marque de sa voiture.

Elle avait entendu dire qu'il ne fallait pas toucher les corps mais sa curiosité était plus forte. Elle entreprit de le retourner. Après un bref effort, celui-ci pivota d'un quart de tour seulement ; le couteau faisant obstacle. La tête , elle, s'était pleinement offerte à la vue de Martine qui ne pu s'empêcher de pousser un cri d'horreur. Elle était maintenant paralysée plaquée contre le mur du couloir qu'elle aurait aimer repousser tant lui importait de mettre un maximum de distance entre elle et ce cadavre.

 

Aucun doute c'était bien ….

Il avait du coup perdu son air arrogant qui le caractérisait ….

Vu sous cet angle il paraissait presque intelligent ….

Il ne nuirait plus à personne ….

Elle s'était surprise tout à coup à ….

Mais qui était donc le grand libérateur qui avait osé …

 

Option chorale

 

Elle lui avait pourtant déjà dit qu'elle avait horreur de rater les vocalises .

Sur le trajet qui les menait à la chorale du village elle ne manqua pas d'attirer l'attention du conducteur sur une petite lumière rouge au milieu du tableau de bord du véhicule …

 

Option cinéma

 

Il lui paraissait essentiel de ne pas louper le début d'un film . Elle avait souvent commencé un livre par la fin. Au cinéma c'était beaucoup plus difficile.

 

La contribution de Claudine

 

Le vent avait soufflé toute la journée...

 

Derrière ses rideaux de dentelle vieille, Marthe regardait inlassablement la pluie ruisseler sur les pavés de la grande rue.

 

Il faisait nuit déjà et le faible halo de lumière du réverbère d'en face baignait le trottoir d'une atmosphère étrange.

 

C'était comme une attente... une indéfinissable interrogation dans l'air... comme s'il devait surgir de la nuit, de cette nuit, quelque chose ou quelqu'un qui donnerait un sens aux minutes qui s'égrennent.

 

Le vent avait cessé, la pluie tombait dru. Les yeux de Marthe parcouraient le petit morceau de rue que pouvait lui offir sa fenêtre du salon; depuis le bas, sur la petite place à la fontaine, juste après l'enseigne du cordonnier, elle remontait jusqu'au bec de gaz, pui s'enfoncait dans la nuit incertaine d'avril... le 25... 45 ans déjà...

 

45 ans que cette rue lui disait tant sur la vie qui s'écoule; les saisons aux murets recouvert de glycines, les crépuscules roses qui s'étirent derrière les pommiers en fleurs, les cris des enfants qui remontent de l'école.

 

...les enfants... jamais elle n'en aurait, c'était trop tard maintenant.

 

Si sa mère n'était pas morte l'année de ses treizes ans, elle lui aurait parlé, elle lui aurait appris des choses, à être un femme, à s'habiller, elle aurait eu le droit d'aller au bal avec elle. Mais elle était l'ainée, Marthe, et son père ne pouvait pas tout seul, avec tous ses enfants.

 

Alors elle était partie, "placée en ville" comme on disait autrefois.

 

Et la voilà dans cette petite ville de province, chez des patrons, un couple de brave gens, sans enfant.

 

Monsieur est mort depuis longtemps. Madame est là dans la grande chambre. Marthe lui a donné son bouillon de soupe et après avoir attendu qu'elle s'endorme, elle est redescendue prendre son frugal repas. Les deux femmes sont seules maintenant dans la grande maison. Leur vie n'est faite que de minutes qui suivent d'autres minutes. Quelques menues besognes pour la plus jeunes des deux, le temp suspendu pour celle qui va mourir.

 

Une douce chaleur règne à présent dans le petit salon et Marthe, les deux mains sur les genoux, se souvient encore une fois de ce 25 avril où elle l'avait vu pour la première fois.

 

Elle venait de poser le pied sur la petite gare de St Valéry, la valise dans une main et son panier dans l'autre. Elle jeta un regard circulaire sur la foule; avant de décider quelle direction prendre, elle posa ses bagages et attendit que les voyageurs s'éloignent.

 

Alors, en bout de quai, elle le vit arriver. Adrien n'était pas vraiment beau, mais elle l'aima tout de suite, une tranquille simplicité émanait de ce corps musclé d'adolescent au regard franc et clair.

 

D'un geste leste il empoigna la valise de la jeune fille et la posa dans sa brouette, il y jucha le panier et après de rapide présentations, il se mit en marche avec le sourire et enjoignit la demoiselle de le suivre.

 

Le commis du tonnelier connaissait bien la maison Aubry; il y avait travaillé plusieurs fois 35 heures dans leur chais l'an passé et il avait été dépéché pour aller chercher la nouvelle à la gare.

 

Il avait souri en la voyant si frèle, mais il savait que la patience et la bonté de Marguerite Aubry sauraient la transformer en une vaillante jeune femme.

 

Ce qu'elle était devenue.

 

Elle monta la grande rue derrière lui en retenant d'une main son chapeau que la bourrasque voulait lui ôter. Le vent d'avril s'était remis a soufler.

 

... Marthe regarda de nouveau par la fenêtre; la pluie avait cessé.

 

Tout était silencieux à présent.

 

Viendrait-t-il ?

 

La pendulette de la cheminée fit sonner ses neufs petits coups cristallins.

 

Marthe se retourna pour mettre une bûche dans le feu, la flamme éclaira quelques instants son visage et ses mains; ce sera la dernière flambée de la saison, après les beaux jours réchaufferont les soirées.

 

De tout son être, elle écoutait les bruits de la maison.

 

Un petit grattement se fit entendre à la porte cochère

 

...

 

La contribution de Clément

 

Le vent avait soufflé toute la journée mais heureusement, la pluie ne tombait pas encore. Le soleil se couchait alors que j'arrivais sur le parking. La voiture de Frank était déja garée, à côté de la pompe de GPL, Frank avait toujours eu une âme d'écolo.Comme d'habitude j'étais en retard de cinq ou dix minutes et dès qu'il me vit, il m'alluma ses pleins phares en pleine face. Je montais dans la voiture, Frank me montra deux sacs de terre cachés dans la boite à gants.

_Qu'est ce que tu comptes en faire?

_Ben en fait si tu veux, j'y ai bien réfléchi, et je pense croire que j'en ai strictement aucune idée.

_Et pourquoi tu me montres ça?

_Et pourquoi pas?

Je n'allais pas le contrarier, ça pourrait durer des heures, il est au moins aussi con que moi.

_Bon et bien je crois qu'on peut partir.

_Ok, GO.

Il roula vite, nous fûmes arrivés chez Christophe en 35 minutes, avec les embouteillages.

_ Merde, il y a la caisse à Antony, me fit-il judicieusement remarquer

_Tu veux pas lui mettre de la terre dans le reservoir?

_Non, la combustion de la terre dégage du dichloromonoxyde de sulfure d'amidon de blé.

_Et?

_Et c'est cancerigène.

_Ha ?. T'as vu ça où ?

_j'ai vu ça quand j'ai fait mon DEUG de sciences de l'art néoafricano-occidental.

_Ok.

Frank entra dans la maison et vit Antony, un pistolet a bille a la main, qui avait tué Chris.

Je pris la porte et tombai dans le coma sous la puissance du choc, alors que Frank courut chercher la terre,et revint mais trop tard, Antony s'était tué d'une bille dans l'anus.

 

Pendant mon coma de deux semaines, j'ai bien réfléchi, et je pense qu'il ne faut pas acheter de pistolet a billes a des gens qui jouent a counter-strike en réseau sur internet, pour éviter une conspiration des domminés contre les dominants.

 

Victor Hugo & Jean Réno.

 

La contribution de Elisabeth

 

Le vent avait soufflé toute la journée, en longues rafales soulevant feuilles mortes, papiers, poussières. Installée au volant de sa Soubirou, Martine imaginait déjà le ménage qu'il faudrait faire dans la buanderie. Alphonse, son mari, avait certainement oublié de fermer la porte… D'ailleurs, avait-il seulement songé à étendre la lessive dans la grange comme elle le lui avait demandé le matin même avant de partir ? Rien n'était moins sûr. Après toutes ces années de mariage, elle continuait de s'évertuer à demander ce genre de services à son époux qui régulièrement, oubliait dans la minute qui suivait. Ce n'était pas de la mauvaise volonté, bien sûr, mais quand même …

Arrivée devant la grange, Martine eut l'immense surprise de découvrir sa lessive étendue. A la minute même, une foule de pensées l'assaillit. Qu'était-il arrivé à Alphonse ? Un sursaut tardif de conscience familiale, un remords de mari gâté, une étincelle de génie domestique ou un début de dérèglement hormonal ? Refusant d'envisager le pire, elle finit par sourire en pensant qu'elle avait vraiment un mari surprenant.

Après avoir garé sa voiture et ramassé avec satisfaction un linge sentant bon le frais, Martine se dirigea d'un pas décidé vers la maison. D'un coup d'œil vers la buanderie, elle put voir que la porte était fermée. Incroyable ! Il y avait songé. Vraiment surprenant… Martine s'attendrissait. Allons ! Tout n'était donc pas perdu. Oui, son mari était vraiment quelqu'un de … Elle ne put aller plus loin dans le cours de sa pensée (ce qui était fort dommageable pour le principal intéressé) car un hurlement inhumain venait de jaillir de la fenêtre grande ouverte de leur chambre.

 

La contribution d'Eric

 

Le vent avait soufflé toute la journée et l'énervement le gagna alors qu'il remontait lentement sa braguette. Elle l'avait épuisé et le vent l'avait rendu fou ou le contraire. Lorsque la pluie s'en était mêlée alors qu'il l'a besognait laborieusement, son cerveau enfiévré avait explosé à moins que ce soit son ... corps. Décidément ces galipettes d'Autan d'automne le fatiguaient de plus en plus, le sifflement de ses poumons narcotisés se mêlant au vent chuintant dans les huis des fenêtres et aux râles érotiques de sa dulcinée. Bon Dieu, depuis combien temps la faisait-il grimper aux rideaux. Je veux dire pas depuis les misérables 5 dernières minutes où il s'était appliqué, non je veux parler des 15, 20 non plutôt des 25 dernières années. Plus que de ce satané vent, cette idée lui avait filé la migraine. Il avait senti le ramollissement venir et les gémissements s'éteindre. En l'étreignant, il pensa aux vertes collines d'Irlande, au saumon se débattant inutilement et avait su aux soupirs qu'il redressait la barre.

 

La rythmicité des grincements du lit la fit sourire. La fréquence, qui est l’inverse de la longueur d’onde pensa-t-elle, avait bien diminué depuis ses 20 ans comme celle de ses rapports (PD²/ 4 hurla-t-elle intérieurement de rire).

 

Il l'avait retournée d'un coup de hanche expérimenté, la levrette lui donnant le droit d'une cigarette. La feuille calée aux creux des reins, il saupoudra son tabac. Ils roulèrent ensemble et la première bouffée fut un éblouissement. Encore, avait-elle dit en récupérant le mégot, le meilleur à la fin est d'avaler la fumée.

 

Les rafales dans la nuit le réveillèrent. Il contempla avec tendresse la forme assoupie près de lui, entendit les pas lourds qui faisait grincer le vieil escalier et compris décidément que c'était une sale journée...

 

La contribution de Françoise

 

Le vent avait soufflé toute la journée. Arrivant du Nord, de lourds nuages noirs s'étaient amoncelés, obscurcissant progressivement le ciel. Puis la pluie s'était mise à tomber, et dans la petite rue, l'eau ruisselait à présent dans les caniveaux.

Peu importait cependant. La soirée s'annonçait agréable.Tous les amis étaient arrivés en courant sous l'averse. Les enfants s'étaient regroupés à l'étage, on les entendait s'amuser bruyamment. Dans la salle à manger, les adultes s'étaient installés autour de la longue table comme toujours encombrée de journaux, tasses vides, jeux de cartes....Et chacun commentait la lettre qui venait d'arriver de Thaïlande. Il y était question de ventre mou et de sexe triomphant, ou de l'inverse, on ne savait pas trop, l'auteur lui-même était resté vague et il était impossible de vérifier pour le moment; Mais on se promettait en riant de s'en assurer dès son retour!!! (et d'ailleurs ça reste toujours à prouver..;)

Puis la discussion se fit plus sérieuse. La décentralisation était au coeur du sujet . Les lointaines régions du Sud semblaient accueillantes et les hôtes de la maison annoncèrent leur prochain départ vers ces riantes contrées, toujours ensoleillées, où le vent ne soufflerait plus (tu parles! et le vent d'autan, c'est pas rien peut-être??). Bref, ils partaient, ils lachaient les copains, c'était le début de la fin, leur amitié résisterait-elle à cet éloignement? et le parrain pourrait-il tenir son rôle à des milliers de kilomètres de sa filleule adorée? L'avenir était aussi sombre que cette fin de journée.....

 

 

La contribution de Gérard

 

Le vent avait soufflé toute la journée Maintenant que la nuit était tombée, un silence presque angoissant avait envahi la campagne. Plus un souffle d'air, plus de sifflement dans les arbres, plus de volets qui claquent, juste de temps à autre, dans le lointain, le bruit du hululement lugubre d'une chouette.

Malgré ce vent permanent, la journée avait été belle, inondée par un beau soleil printanier ; mais en ce mois d'avril les nuits étaient encore fraîches.

Martine était assise sur son fauteuil en rotin, bien installée au chaud dans le cantou. Elle contemplait les flammes qui mordaient dans les grosses bûches de hêtres qu'elle venait de remettre dans l'âtre. Celles-ci émettaient par moment de grands claquements secs qui projetaient des copeaux incandescents jusqu'aux pieds du fauteuil, comme pour exprimer une dernière colère avant de disparaître en cendres.

Brutalement, le son des cloches de l'église voisine sortit Martine de cette douce torpeur : six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze ; pas de doute, il était déjà minuit. Voilà, on y était à cette journée particulière qu'elle attendait et redoutait en même temps : 45 ans aujourd'hui.

Martine sortit une cigarette de son paquet et l'alluma en tirant une grande bouffée qu'elle garda un moment dans ses poumons avant de la recracher d'un souffle long. Le nuage de fumée monta en l'air, s'échappant de l'âtre, puis après être resté comme suspendu en l'air, opéra un reflux pour revenir au dessus des flammes et être aspiré par la cheminée. Que c'était bon ce goût du tabac dans la bouche.

Martine savourait ce moment de bien-être, goûtait au spectacle de ces volutes de fumée montant du bout incandescent de la cigarette et dessinant des formes inattendues et bizarres. Elle tirait maintenant de manière plus espacée sur sa cigarette comme pour la faire durer le plus longtemps possible. Mais à chaque bouffée, inexorablement, celle-ci diminuait de quelques millimètres, en émettant un petit grésillement, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le filtre. Martine garda entre ses doigts ce filtre qui fumait encore légèrement, mais brusquement le bout rouge disparu et une dernière volute de fumée s'échappa. Elle regarda avec nostalgie et tristesse ce bout de cellulose puis, au bout d'un moment, se décida à le jeter dans le feu où il s'enflamma d'un seul coup.

 

Voilà, elle y était. Mais pourquoi avait-elle fait ce pari stupide ?

 

Maintenant le plus dur restait à faire …

 

 

La contribution de Gil et Ingrid

 

Le vent avait soufflé toute la journée et toute la nuit.Oh bien sur elle le connaissait trop ce vent terrible qui souffle sans arret 365 jours sur 365. 24 heures sur 24.

Qui ne s'arrete jamais.

C'est le vent qui rend fou comme ils disent là-bas au fin fond de la Patagonie. Cette terre du bout du bout du bout du monde.

Elle le connaissait bien ce vent parcequ'un jour - après en avoir révé pendant des années - elle s'était décidée à visiter cette terre où vivaient 1 homme pour chaque 500 moutons, et une femme pour 5000 hommes. Parcequ'elle n'était pas facile la vie là-bas , et personne ne voulait y vivre plus d'une année.

C'est en lisant les livres de Francisco Coloane qu'elle s'était prise d'une soudaine envie d'aller découvrir la Patagonie. Oh bien sur Francisco était natif de Chiloe, mais il avait quand même passé des années dans plusieurs estancias à castrer les moutons à la chaine avec les dents, à se battre pour un oui pour un non avec les autres travailleurs tous plus fous les uns que les autres. Et lui, Francisco il pouvait raconter en détail le massacre de ces centaines de travailleurs en 1920 , qui réclamaient juste un peu dignité, et que pour seule réponse le gouverneur chilien de Punta Arenas leur avait envoyé ... l'armée argentine. Qui avait tiré sans s'arrêter jusqu'à ce que tous les hommes se retrouvent morts, là dans ces rues de Punta Arenas. La seule réponse du commandant argentin ( parce quand même si plus de 80 ans plus tard on n'en parlait toujours pas dans les livres d'histoire, à l'époque il avait fallu donner quelques explications ) avait été "C'est le vent qui a rendu fou les soldats" et tout le monde avait donc accepté cette réponse. Mais lui Francisco il savait que cela ne s'était pas du tout passé comme cela. Il y était. Il avait dix ans. Et il se rappelait parfaitement de toute la scène.

 

Alors elle s'était décidée, le jour de son anniversaire numéro 26. Elle était partie seule, et au Brésil elle avait rencontrée cette anglaise qui se faisait appeller Penny. Elle était un peu spéciale Penny , mais en fin ce serait un peu plus facile de voyager à 2. Elles avaient donc continué le voyage ensemble pendant plus de 6 mois. Mais c'est surtout les 4 mois qu'elles avaient passé en Patagonie ensemble qui les avaient marquées pour le reste de leur vie. A tel point qu'une fois de retour en France elles avaient voulu vendre aux éditions du "Guide du Routard" un guide complet : "Comment une jeune femme europeenne doit s'y prendre avec les machos latinos pour passer des moment inoubliables et agréables" , parce que vraiment, toutes ces expériences qu'elles avaient vécues, elles souhaitaient les offrir à toutes ces futures candidates au voyage pour qu'elles ne refassent pas les mêmes erreurs....

 

Mais évidemment le Guide du routard était tellement conventionnel , qui'ils avaient refusé. Alors depuis son manuscrit dormait là , espérant qu'un jour elle voudrait bien le reprendre. Délicatement elle enleverait la poussière qui dormait là depuis tellement d'années. Elle prendrait le même stylo à plume Mont-Blanc qu'elle avait toujours gardé, et elle terminerait les 4 chapitres qui lui manquaient.

 

Et elle pourrait enfin écrire FIN en espagnol dans le texte.

 

La contribution de Hanz

 

Le vent avait soufflé toute la journée. Ce vent chaud, venu du Sud, qui portait avec lui le sable rouge du Sahara, mais aussi les senteurs de dattes et d'épices. La météo n'avait pas vu venir ce temps.

- Etrange!, se dit-elle, eux, toujours si prévoyants!

Le front collé à la vitre, elle avait passé presque l'après-midi à regarder à l'extérieur ce phénomène qui donnait une atmosphère bizarre à la ville, les gens qui se cachent le visage derrière un foulard, ou simplement dans leurs mains, les voitures qui se recouvrent d'une jolie couleur orangée. Elle avait regardé un peu comme on regarde la neige tomber. Noël ! Noël ! fredonnait-elle.

Lorsqu'elle retira son front de la vitre, celui-ci y était comme décalqué.

- On fait l'front là, se dit-elle, en pensant à un vieil ami. Que deviennent-ils, lui et sa petite famille, plus de nouvelles depuis son opération... pourtant nous lui avons téléphoné, je pense qu'il a apprécié... Et maintenant, plus rien ... l'ingratitude !

- Que sont mes amis devenus ?, que j'avais de si près tenus, et tant aimés ... Voilà maintenant que, seule dans son grand appartement, elle se mettait à chanter. Une foule de souvenirs se bousculaient en même temps que les paroles de la chanson sortaient de sa bouche. Ce n'était pas elle qui chantait, c'était bel et bien Joan Baez, un peu comme quand elle avait descendu l'escalier devant nous tous en chantant ... c'était Marlène qui descendait cet escalier devant les yeux éblouis des garçons réunis pour l'occasion. Quelle belle fête on avait eu ces jours-là. C'était son idée à lui, il est trop ce mec! C'est comme cette idée de site Web où tous les amis déposeraient une histoire pour mon anniversaire, c'est pas génial ça? Je l'aime!

- Mon mec à moi, il me parle d'aventures ... et voilà que je chante encore ... La chance aux chansons, la France a raison ... quel grand couillon ce Hanz !

 

 

La contribution de Jean

 

Le vent avait soufflé toute la journée sans que cela ne lui fasse chaud ni froid.

Calfeutrée dans le moulin de Gaspard, Martine était insensible à toute pression extérieure. Sur l'écran de la télé la blonde présentatrice du bulletin météo expliquait que le réseau serré des isobares qui scarifiait la carte du Languedoc était responsable de la force du Cers, mais Martine ne s'intéressait pas, non plus, au petit écran. La jeune femme était toute entière concentrée sur son ouvrage : elle rédigeait son premier roman !

Le premier chapitre commençait par cette phrase subtile, puissamment évocatrice et forte d'un profond questionnement philosophique : " Le vent avait soufflé toute la journée… ".

C'était pour l'instant l'alpha et l'oméga de sa rédaction, mais elle en était très satisfaite car elle avait une claire conscience qu'elle tenait là ce quelque chose d'intangible et sublimement poétique que l'on retrouve dans : " La pluie bat les carreaux depuis le commencement du jour. ", chez Romain Rolland.

Le reste serait l'enfance de l'art. Son esprit méthodique et scientifique avait déjà tracé le plan précis de toute l'histoire. Sa plume, comme le scalpel du chirurgien, allait être nette, précise et parfaitement incisive. Le scénario était simple, dépouillé comme la tête de son fils Pierre après un shampoing à la Marie-Rose. Elle raconterait l'histoire d'une femme, professeur de mathématique, saisie par le démon de l'écriture. Le roman qu'elle allait prêter à son héroïne était lui aussi l'objet de sa réflexion, car de lui dépendrait pour beaucoup l'intérêt du sien. Elle en avait donc tracé les grandes lignes et trouvé une phrase bien sentie qui en ferait l'introduction : " Le vent avait soufflé toute la journée. ".

Martine avait un nom d'écrivain depuis qu'elle avait dit oui à Olivier devant le maire de La Salvetat. Il lui restait maintenant à se faire un prénom dans la jungle impitoyable de l'édition et elle était consciente de la difficulté de la chose. Mais, tandis qu'elle relisait pour la cent-dix-huitième fois la première ligne de la première page du premier chapitre, elle ne pouvait s'empêcher de se projeter dans cet avenir si proche où elle aurait à assurer d'abord la promotion de son roman, sur les plateaux de télévisions, puis ensuite à trouver la tenue appropriée à la conférence de presse qui suivrait immanquablement l'obtention du Goncourt et, sans vraiment l'avouer à son moi conscient, une petite part de son intelligence sous-jacente préparait déjà en langue anglaise le remerciement qu'elle aurait à prononcer devant une certaine académie suédoise…

Dans toutes ces circonstances, on ne manquerait pas de l'interroger sur la phrase introductive de son œuvre. Elle savourait la pertinence de sa réponse à venir : " Le vent avait soufflé toute la journée, et je savais qu'il m'emporterait jusqu'ici ! "

 

 

La contribution de Jean Michel

 

Le vent avait soufflé toute la journée et on annonçait des orages pour la soirée.

 

Mais les deux jeunes Allemands qui étaient venus là pour le soleil nemaugréaient qu'intérieurement et s'abstenaient de râler à haute voix. Ils tenaient bon: ils avaient fait le pari de ne pas dire un mot d'allemand et de se faire passer pour deux Français, en vacances dans ce coin de Haute-Garonne où la patronne du bar était encore accorte pour ses 45 ans.

 

Longtemps, Martine s'était couchée de bonne heure. Mais pour une fois, la veille, elle avait eu du mal à trouver le sommeil. Elle s'était tournée et retournée dans le lit, ruminant l'habituelle mosaïque des bas sentiments qui vous tient éveillé malgré vous, et la journée n'avait pas été de première fraîcheur non plus.

 

En cette fin de journée, les deux jeunes Allemands revenaient d'une virée en train dans la région et rentraient dans la petite maison qu'ils louaient. Dans le train ils avaient rencontré un jeune Américain qui leur avait adressé la parole par un "Say boy, I am from the North" qui leur avait semblé un piège. Pas répondu. Pas même en français.

 

Que se passa-t-il entre la gare et chez eux? Nul ne le saura jamais, sans doute.

 

Mais quand ils décidèrent, avant de rentrer, de s'attabler à la terrasse de "Chez Martine", ils tenaient bon: le vent avait soufflé toute la journée, certes, mais ils n'avaient toujours pas dit un mot d'allemand. C'est vrai que la patronne était gironde. Pas de ces chiennes en sueur, pensèrent-ils, non: une femme d'une certaine classe, le haut du panier, tip-top.

 

Elle était un peu lasse, sa nuit avait été courte, mais son sourire était intact. Avec une drôle de petite voix (elle n'était pas un peu enceinte, par hasard?), elle leur proposa "un petit jaune", et ils hésitèrent. Encore un piège? Quel rapport avec le FC Nantes qu'ils avaient vu la veille à la télé? Non, ils avaient préparé leur coup: pas un mot d'allemand. Ils étaient français. A l'intérieur du café un vieux disque grésillait, dont ils ne comprenaient que le refrain: "Dafron t'es une chique mille, mille, mille..." C'était beau.

 

Le vent soufflait encore un peu et l'un des deux Allemands regarda Martine dans les yeux. Il en avait rarement vus d'aussi purs, mais il ne se troubla pas. Ils tenaient bon: pas un mot d'allemand. Pas de plaisanterie idiote (vous savez, genre "Vous connaissez Kiev, petite Française?", ou Lvov, ou toutes ces bêtises et tout). Non. Il dit simplement, sans accent, d'une voix claire et assurée: "Madame, s'il vous plait, pourrions-nous avoir deux Martini?" C'était gagné. Leur pari tenait toujours bon.

 

"Martini? Dry?", demanda Martine.

 

"Nein! Zwei!", hurla l'autre Allemand.

 

Le vent tomba presque d'un coup mais le vieux disque rayé répétait son refrain. C'était beau.

 

 

La contribution de Jean Paul

 

 

Le vent avait soufflé toute la journée, et cette fois encore, tout le monde espérait que la réponse tant attendue allait enfin être révélée.

 

Jean et sa femme Yoqueau étaient assis devant leur petite maison qui longeait la route de l'abbaye, et contemplaient les feuilles des arbres agitées par le vent.

Par chance, le temps était resté sec, et Yoqueau ne ressemblait pas à la femme du jour pluvieux.

 

Jean se décida alors à rompre le son du silence :

- " Imagine, imagine un peu ce qu'on a vu hier, c'était complètement fou, toute cette fumée sur l'eau, avec cette espèce de sous-marin jaune qui trempait dedans.

Et là-haut, Lucie dans le ciel avec ses diamants, et l'autre fou dans la colline qui voulait nous emmener dans les champs de fraises pour toujours.

Et en plus , elle était pas fière , Marie,…et Michelle non plus…"

 

Yoqueau, qui ne savait que trop où Jean voulait en venir, l'interrompit aussitôt :

- " Arrête, je ne peux obtenir aucune satisfaction pour ce que tu me racontes…. On se croirait vraiment revenu en arrière en URSS, et ce n'est pas ma génération.

Alors, s'il te plaît, ne me laisse pas tomber, et donne une chance à la paix, encore une fois.

Et s'il te plait, s'il te plait , aime moi , doudou".

 

Jean caressa alors doucement les cheveux de sa femme avec ses doigts poisseux, tandis qu'elle lui préparait amoureusement son apéritif favori, constitué d'un mélange savamment dosé de cocaïne et jus de fruit rouge.

 

" D'accord, qu'il en soit ainsi, " finit par admettre Jean, " mais souviens-toi que tu ne peux pas toujours avoir ce tu veux ".

" Nous prendrons la route dès ce soir, et tu sais, Bébé, tu peux conduire ma voiture.

Nous partirons à la recherche de la vérité sur ce rocher qui roule, et nous démasquerons tous les intrus.

Car, comme l'a toujours dit l'oncle Robert, tu sais bien que seule une journée comme aujourd'hui peut nous apporter la réponse, parce que, la réponse, mon amie, elle est soufflée par le vent,………

 

 

 

Cette histoire n'a pas de morale, mais il est intéressant de noter que quelqu'un qui achète une voiture hors de prix et peu fiable, peut aussi sauver sa famille et débarrasser la planète de ses souillures telles que les chauffards et les gens qui s'appellent Thierry Ardisson.

 

 

LA LEGENDE DU ROCHER QUI ROULE ( traduit de l'anglais par Paul How )

 

La contribution de Josiane

 

Toute la ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite

 

Le vent avait soufflé toute la journée...

 

Monsieur Horace Tusse regardait, désespéré, les arbres jonchant le sol de la propriété qu'il venait d'acheter. Heureusement, la maison était intacte : pas de lauzes arrachées ! L'ancien propriétaire, un Irlandais nommé Mike Martin, avait vendu juste à temps.

Horace décida de s'éloigner de la maison pour voir si de nombreux arbres avaient été abattus par la tempête. Une odeur étrange attira son attention. Intrigué, il regarda dans le tronc creux d'un arbre tombé au sol et trouva des bouteilles de pastis brisées.

" Quelle étrange découverte !" dit-il à voix haute.

" La chute de l'arbre aura brisé toutes ces bouteilles. Il y en a au moins vingt. "

 

Tâché par la boisson anisée, un papier gisait au milieu des débris de verre. Il portait les mots suivants :

Apéro, apéro,

C'est toi qu'il me faut !

P'tit jaune, p'tit jaune,

Sans toi je suis aphone !

 

Martin

 

 

L'écriture était tremblotante.

 

" Et moi qui croyais que les Irlandais ne buvaient que du whisky ! " s'exclama Horace. Ce dernier découvrit ensuite tant d'autres cachettes remplies de bouteilles et de " poèmes " sur le même thème que, écoeuré, il abandonna sa nouvelle propriété.

 

 

La contribution de Justine

 

Le vent avait soufflé toute la journée et Marguerite songeait, se reposant après les nombreuses heures passées en plein air cantalien.

 

Elle s'était réveillée tôt le matin, après une courte nuit rythmée par les aboiements des chiens des fermes alentours, néanmoins fraîche et dispose. Elle s'était alors levée et avait dit bonjour à ses colocataires, avec qui elle partageait son logis. Elle aurait préféré demeurer seule mais sa situation ne le lui permettait pas.

 

Après s'être restaurée, Marguerite avait levé les yeux vers la fenêtre, pour voir l'aurore, comme elle le faisait chaque matin, et avait aperçu les monts du Cantal s'élevant majestueusement, les prairies vertes innondées par le chaud soleil matinal et les branches des arbres et arbustes se tortillant au gré du vent.

 

Puis, comme appelée par la terre de ses ancêtres, Marguerite était enfin sortie de son logis. Et, tout le jour durant, elle avait contemplé sa douce campagne qu'elle aimait tant. Elle n'était jamais rassasiée de la beauté du paysage. Le calme du Cantal lui donnait des ailes.

 

Elle avait tout de même contenté son appétit féroce, en continuant à observer la campagne. Elle avait rencontré en chemin quelques unes de ses amies qui, comme elle, n'auraient quitté pour rien au monde leurs vertes prairies luxuriantes et leurs splendides montagnes.

 

Mais le soir était venu et le vent, alors froid, n'avait fait que rappeler à Marguerite que l'heure était venue de rentrer.

 

Epuisée par cette journée si merveilleuse quoique habituelle, Marguerite était immobile, au chaud.

 

Que la vie d'une vache Salers était bien ! ! !

 

La contribution de Laure

 

Le vent avait soufflé toute la journée... Martine courut jusqu'à la porte de la petite église de Saint-Lys. Elle entra discrètement, tout en pestant tout bas contre le mauvais temps. La nef était remplie, et quand elle leva la tête, elle croisa le regard réprobateur d’Olivier. D’accord, elle exagérait : elle aurait au moins pu arriver à l’heure au mariage de sa propre fille ! Mais elle ne supportait plus les lubies passagères d’Adèle : elle en était déjà à son troisième mariage. Ceci dit, celui-ci avait quelque chose de nouveau : il se déroulait à l’église. Elle s’était entichée d’un Ukrainien, chef fondateur d’une secte vouant un véritable culte au poireau. C’était Adèle tout craché. Après avoir épousé un américain qui écrivait des romans à l’eau de rose sous le pseudonyme de Déborah Love, elle avait vécu plusieurs années avec un marionnettiste hongrois.

 

Aujourd’hui, Martine ne supportait plus ces frasques. Elle aurait largement préféré voir son fils aîné – Clément – se marier enfin. Mais ce dernier, après avoir obtenu son bac professionnel, était parti s’installer dans les Cévennes où il exerçait la profession de garde-forestier. Elle ne l’avait pas vu depuis des années.

 

Mais qu’avait-elle fait pour mériter cela ?

 

Elle soupira.

 

« Adèle Allais, acceptez-vous de prendre pour époux, Goran Boragovic, ici présent ? »

 

Un court silence.

 

« Euh… Tout compte fait… Non. »

 

Un fort murmure parcoura toute la salle… Martine leva les yeux au ciel.

 

La contribution de Lucie

 

Le vent avait soufflé toute la journée,

Et lorsque Martine est rentrée,

La porte du garage était ouverte.

La peur l'envahit et elle pâlit,

Devant cette surprenante découverte.

Son estomac se contracta,

Sa bouche de terreur s'emplit.

Le vent alors s'arrêta…

 

La contribution de Marie

 

" Le vent avait soufflé toute la journée, yé, yé, yé. " hurlait la chanteuse.

Assez ! Elle éteignit d'un geste brusque la radio, toujours les mêmes rengaines, cette manie de repasser les tubes des années soixante-dix, elle ne le supportait plus, trop de souvenirs.

Elle se prépara un rhum, fit valser ses chaussures, alluma la télé et s'écroula dans un fauteuil. Sur l'écran s'agitait Julien Lepers, brandissant ses fiches.

" Les Beatles " répondit-elle mécaniquement. Evidemment c'était la bonne réponse, sa vieille copine avait raison, elle devrait y aller, s'intéresser, participer. A une époque qui lui paraissait aujourd'hui si lointaine, elle en avait fait des concours et gagné plus d'une fois ! Sûrement, elle devrait, mais à quoi bon.

Elle prit le courrier qu'elle avait laissé tomber sur la moquette, vérifia d'un œil que rien ne pouvait l'intéresser, prospectus, relevés de banque, factures. Comme d'habitude, personne ne lui avait écrit, qui pouvait bien encore penser à elle ? Elle ruminait de sombres pensées, quand soudain, elle renversa son verre, poussa un juron. Sur l'enveloppe non timbrée qu'elle tenait entre ses doigts, elle venait de reconnaître l'écriture d'Olivier. Stupéfaite, elle se redressa. Ainsi, c'était donc possible, c'était arrivé, il l'avait retrouvée.

 

La contribution de Marie

 

Le vent avait soufflé toute la journée et aucun nuage ne put s'attarder devant la lune gibbeuse qui inondait de son aura blanchâtre la place Jean-Baptiste Botul. Là, sur cette place, un groupe d'amis était réuni autour d'une table. L'écho de leurs voix s'élevait dans les airs entremêlé de la fumée de leurs cigarettes.

Une des personnes de cette assemblée avait le visage rayonnant de gaité. Cela était sûrement dû à la joie de réunir les gens qu'elle aimait pour fêter ses 46 ans.

Les enfants couraient autour des tables, les papillons se brûlaient les ailes sur les lampes, et Relou ronflait lorsque le gâteau fut amené. Il représentait un gros livre dont les pages blanches en pâte d'amande étaient recouvertes de lettre en chocolat disant ces quelques mots: "Nous voici tous réunis en ce jour pour fêter tes 46 ans. Cela fait un an tout juste que tu as pris la plume pour écrire ton roman commençant par une simple phrase mais qui pourtant a déjà fait rêver tant de personnes."

C'est sur ces dernier mots qu'Olivier sorti un paquet pour une fois bien enveloppé. En ouvrant ce dernier, elle n'en croyait pas ses yeux, ses jambes tremblaient. Elle tenait entre ses mains la première édition de son roman; le roman qu'elle avait écrit. Ce qui lui fit le plus plaisir ce n'était pas de voir "Le vent avait soufflé toute la journée..." en titre, car ces mot lui était familier, elle les avait si souvent répétés dans sa tête, mais plutôt d'être à son tour l'auteur d'un roman, d'avoir son nom écrit en majuscule sur la couverture....

 

La contribution de Marie Paule

 

Le vent avait soufflé toute la journée...Qu'est-ce que cela signifiait ?

Pensée prosaïque d'une femme qui se soucie de son linge… ?

Pensée vagabonde d'une femme qui se voit à bord d'un voilier luttant contre les éléments… ?

Pensée d'une femme se regardant écrire son premier roman… ?

Vent qui balaie les années qui passent…

Vent des idées qui glissent et s'entrechoquent…

Vent des relations qui tourbillonnent…

Ou, tout simplement, une journée de cers et le désir de se protéger de cette fureur en se serrant autour d'une table de tarot ?

Martine et son vent mystérieux laissent flotter ces interrogations et je lui sais gré de m'avoir permis d'écrire les premières lignes de mon futur roman : l'amitié c'est aussi cela.

 

La contribution de Michel

 

Le vent avait soufflé toute la journée... Surtout dans ma tête, vu que j'avais les abeilles, suite à un abus de la dive et taquine bouteille ! D'ailleurs, j'avais la gueule qui ressemblait à une rûche, vu la gamelle que je m'étais mangée en voulant absolument accrocher mes bretelles à mes chaussettes.

 

Vu que je dis tout le temps "vu", j'explique : Ancien gendarme de la maréchaussée chadalaise, reconverti et sévissant aujourd'hui, comme ouvrier payan champion de la traye de la vache laitière, l'habitude du premier métier me conduisait généralement à décliner chaque début de phrase de mes rapports d'un "vu" finalement bien pratique ; en tout cas, plus facile à écrire et dire qu'un "nonobstant", et moins grandiloquent qu'un "attendu".

 

Ah, la bouteille, cette sacrée bouteille, à l'origine de tous mes malheurs, que je n'ai jamais lancée à la mer, vu que la mer en Limousin, faudrait avoir un drôle d'oeil, ou en tout cas une sacrée imagination, dont je suis totalement dépourvu, pour la voir ; à peine, si parfois en rentrant à la maison, ivre mort, je ressens comme un léger tanguage en m'accrochant au bastinguage de mon vélo...

 

 

La contribution de Papillon

 

Le vent avait soufflé toute la journée et c'est tant mieux car du fond de la France une odeur nauséabonde montait. Comment croire que les choses ne puissent pas évoluer ainsi. L'égoïsme ambiant, le chacun pour soit fait que dans cette période post millénaire tous se replient et ne pensent d'abord qu'à eux.

 

Mais :

 

 

A tu compté les grains de sable

Sur le bords de la mer ?

As tu compris le chant des vagues

Aux pays des Matins clairs ?

 

Comme l'oiseau, loin de la terre

Tu voudrais t'envoler,

Vers le soleil, vers la lumière

Dans un ciel de liberté.

 

Cela aurait du être un roman ou un comte qui indiquent aux enfants qu'il est temps d'écouter. Mais le temps qui s'envolait au fur et à mesure aurait pu finalement ne pas lui insuffler l'énergie de démarrer.

 

Mais ces quelques mots ne resteront pas lettre morte dans une tête bien remplie.

 

Ils sont passés de génération en génération et aujourd'hui, le vent souffle encore, et la civilisation bien que prise au dépourvu contient encore et toujours les germes de son renouveau.

 

C'est ce que pensait vaguement notre candidate au soir de ce jour d'élection ou elle la romancière allait accomplir son destin : Reprendre à la droite nauséabonde le pouvoir.

Cette vocation politique lui était venu depuis longtemps, sans doute en germe à l'époque ou déjà ses prises de position faisait l'unanimité contre elle dans les rencontres de famille ou certains la nommaient " La rouge ".

Et puis pour une jeune retraitée, la tentation devait être forte de s'opposer à tous ces vieux caciques. Sans parler en plus de la femme.

 

D'autres aussi croient et pour preuve que si " Le vent avait soufflé toute la journée " pourrait être le début d'un roman que chacun attend, les quelques vers qui précèdent constituent une part d'une chanson dont le refrain est :

 

 

Le vent souffle ou il veut

et toi tu entend sa voix,

mais tu ne sait pas d'ou il vient,

et tu ne sait pas ou il va, le vent (le vent)

 

...

 

 

Avec la contribution de Michel Scouarnec à qui l'on doit la chanson, la musique étant de Jo Akepsimas

 

La contribution de Pierre

 

Le vent avait soufflé toute la journée, c'était pour ça, peut-être, que l'avion de Michel était en retard, ou alors il y'avait eu une prise d'otage mais ils ne l'avaient pas affiché pour ne pas affoler les gens. "Il faut que je me calme!" je me répétais cette phrase dans ma tête, en fait j'étais devenu paranoïaque depuis que Michel s'était fait attaquer dans un parking à Lyon lorsqu'il s'était disputé avec un client du magasin où il est vendu de vieux meubles! Ils voulaient tous les deux acheter une vieille armoire et le client avait dit qu'il ferait n'importe quoi pour avoir cette armoire mais Michel a quand même voulu cette armoire et là le le monsieur avait dit qu'il se vengerait. Je sait ça a l'air ridicule et c'est vrai c'est ridicule mais voilà moi je suis vraiment paranoïaque.

 

 

Apres une heure et demie d'attente une voix annonça que l'avion s'était posé en Islande à cause d'un détournement et qu'une fois l'avion posé un homme avait tiré avec une arme à feu sur un passager. Je n'y croyais pas, on annonçait une telle catastrophe au micro.

 

 

Mais c'était surtout pour moi que je n'y croyais pas, à partir de maintenant j'avais une raison d'être paranoïaque.

 

 

 

amicalement a une de mes fan, le début de mon prochain roman:

"La Raison de la Peur"

 

P.D. James

 

 

La contribution de Pierre-Emmanuel

 

Le vent avait soufflé toute la journée, Pour la première fois depuis des mois, les collines qui surplombaient Endeavour Bay avaient perdu leur écharpe de brume. Par le fenêtre de son bureau, Allia Martins pouvait apercevoir la foule bigarrée qui avait à nouveau envahi les rues étroites descendant vers le port. Elle prit une feuille, la posa sur le sous-main de cuir vert, l'inclina légèrement vers la droite, reprit sa plume et inscrivit un numéro dans le coin inférieur droit. Elle marqua un temps d'arrêt, leva les yeux et observa minutieusement le chat gris qui dormait sur le canapé.Le rituel accompli,elle remplit rapidement le premier tiers de la feuille d'une écriture nerveuse et régulière, peu de ratures, aucune faute.

 

Le soir était consacré à son roman anglais, chronique amère (et presque autobiographique) d'une société cruelle où une gouvernante discrète se desséchait lentement consumée par d'inavouables passions.

 

Elle avait en chantier d'autres livres.Le début de la matinée était consacré à un roman initiatique dont le jeune héros trouverait pour finir le repos dans les bras d'un gourou moustachu reclus dans un ashram bourguignon. Un essai philosophique et une histoire du commerce des épices aphrodisiaques occupaient son après-midi.

 

Cela durait depuis des années. Soigneusement rangés sur des rayonnages, classés par thème, par année, une petite centaine de manuscrits attendaient le jour fatidique.

 

Les quatre derniers seraient terminés au printemps suivant, ils complèteraient la centaine. Ils seraient alors envoyés en même temps aux quarante maisons d'édition selectionnées pour leur succès aux prix littéraires. Ecrits sous d'astucieux pseudonymes, leur qualité, leur nouveauté, la fraîcheur du style, la profondeur des sentiments, en conduiraient deux ou trois vers le succès. Une notoriété acceptée avec modestie la vengerait enfin des humiliations subies au cours de toutes ces années durant lesquelles , ses enfants( qui tenaient de leurs pères *), son égoïste de mari (pléonasme?) et ses amis ( mais l'étaient-ils vraiment?) moquaient ce qu'ils considéraient comme un sentimentalisme un peu niais, une exaltation gènante chez une femme de son àge (la ménopause ? dejà), et regrettaient qu'elle ne s'interessât pas plus aux soins du ménage.

 

Le vent avait soufflé toute la journée, il avait poussé le nuage verdâtre vers les hauteurs de la ville, le soleil lui donnait une teinte étrange.Le chat ne resistât que quelques secondes de plus pour voir sa maîtresse s'effondrer sur le bureau.

 

* note de l'éditeur : les S sont ils vraiment voulus

 

La contribution de Pierre-Marie

 

"Le vent avait soufflé toute la journée..." Cela devait être la première ligne de son roman, un peu comme les phrases démarrant les comtes qui indiquent aux enfants qu'il est temps d'écouter. Cela aurait pu être le titre d'un roman, défiant la critique dans une phrase allégorique qui en laisserait plus d'un songeur. Mais le temps s'envolait au fur et à mesure que le vent soufflait. Il n'a peut être finalement pas assez soufflé pour lui insuffler l'énergie de démarrer; et ces quelques mots restèrent lettre morte dans une tête pourtant bien remplie. Ils passèrent de génération en génération et aujourd'hui, le vent ne souffle plus, laissant la civilisation au dépourvu.

 

 

C'est finalement quand on commence à regretter qu'on sait que le vent à déjà trop soufflé et qu'il est temps de se hâter.

 

Pierre lisait le résumé du roman inscrit sur le dos de ce dernier quand la libraire l'interrompit pour lui indiquer avec fierté que l'auteur serait présent ce vendredi pour une scéance de dédicace et qu'il faudrait venir très tôt car il risquait d'y avoir beaucoup de monde. Cela le fit sourire et il répondit avec autant de fierté et d'ardeur que l'auteur était sa tante et qu'il aurait sûrement sa scéance de dédicace ce soir autour d'une bonne bière de sa dernière cuvée.

 

 

Il reposa ses yeux sur le résumé et finit sa sa lecture.

 

"Le vent avait soufflé toute la journée..." est une envolée vers l'imaginaire collectif, une bouffée de bonheur et de plaisir qui rend notre monde bien fade en comparaison. L'auteur, Martine Allais, signe là son premier livre et sûrement un best-seller. Il y a fort à parier qu'elle sera consacrée meilleur auteur de sa génération et de ce début de siècle. En espérant que ce soit le premier d'une longue série.

 

 

Françoise Sagan

 

La contribution de Raymonde

 

 

 

Le vent avait soufflé toute la journée faisant tourbillonner les feuilles des arbres déjà tombées et lever de petits nuages de sable dans les rues. Une belle journée de vacances malgré tout car Martine avait emmené les enfants voir la mer. C 'est très beau la mer avec le vent ! Il chasse les nuages à une allure folle donnant différentes couleurs à toutes les vagues qui viennent mourir à nos pieds en laissant de gros paquets d'écume blanc : comme de la barbe à papa disaient les enfants. Le soir le vent soufflait toujours… mais les enfants , Martine et Mamie avaient passé une bien bonne journée.

 

La contribution de Victor

 

Le vent avait soufflé toute la journée. La forte odeur d'alcool qu'il emportait était la cause plus ou moins directe du réveil de la tribu des Gobelins de la Nuit des Zieux Rouz' aux alentours de Parieu-Bas. Les Gobelins de la Nuit (d'immondes petites créatures vertes et malveillantes aux yeux perfides et au nez crochu) dirigés par Zarkit le Dingue se réveillèrent donc en quête de boisson , ou, pourquoi pas du sang de leurs congénères, pouvant étancher leur soif. L'Astiko, le premier émergeant du sommeil, se mit à couiner :

" Eh ! kessé kss 'ête hodeur ?

- Jesse épas, répondit un gob, ond'vrai prév'nir l'Boss.

- Oké ", fit l'Astiko.

- Les deux créatures se dirigèrent vers le fond de la caverne et réveillèrent le Chamane.

- " Kessisspace ? émit-il

- Ya unod' eurl' ouch, répondit l'Astiko.

- Enkor ces sal zoms ! maugréa zarkit. Cette foi, onva leur kassé la tette ! "

 

En effet, trois ans plus tôt, les gobelins avaient fui devant les phares d'une magnifique Honda.

Quelques instants après, les cinquante Gobelins de la Nuit furent prêts à combattre. Ils revêtirent leurs amples robes noires et s'armèrent de leurs lances (tout cela fut fait avec un vacarme pire que dans un poulailler). Les tambours entonnèrent les rythmes tribaux et la horde se mit en marche dans la direction d'où provenait l'odeur.

 

A ce moment même, Martine " Allais fêter " son 45ème anniversaire et pensait à regret aux p'tits jaunes dans son ancienne maison à Parieu-Bas.

Quand M. Oratus aperçut l'armée de silhouettes encapuchonnées, il se demanda de quoi il s'agissait. Mais quand une volée de flèches s'abattit sur le toit, il prit peur. Le grand Chamane marmonna des mots incompréhensibles dont "" kass 'tèt' " ou " klat' face ". Quoi qu'il dise, un éclair d'énergie verte passait sous la porte en carbonisant des fauteuils. L'un s'abattit sur le mur de la salle de bains, qui ne fut plus qu'un tas de briques brisées.

 

M. Oratus vit maintenant dans un hôpital psychiatrique. Il ne cesse de répéter qu'il s'est enfui par la fenêtre de l'étage, échappant ainsi à de petites choses vertes.

 

Zarkit le Dingue vit avec sa tribu dans la cave de la maison de Parieu-Bas en faisant de la dégustation de p'tits jaunes.

 

Quant à Martine Allais, elle est en train de fêter son 45ème anniversaire à coups de p'tits jaunes et se fiche bien de M. Oratus.

Après tout, elle a quelques points communs avec Zarkit, non ?

 

 

L'épilogue d'Olivier

 

Le vent avait soufflé toute la journée, elle se tourna vers l'est et chercha à distinguer les derniers détails de la côte mais c'était maintenant impossible. Elle pensait à ce vent qui l'éloignait de tout ce qu'elle avait connu et aimé pendant 45 ans. Quelle ironie ! Le jour où tout avait commencé, le vent avait soufflé de la même manière. Elle revoyait encore le tambour de la machine à laver et ce visage qui tournait sans fin dans ses cauchemars en lui adressant des clins d'œil. Personne ne l'avait cru, personne n'avait rien vu. Elle était là, elle avait payé pour un autre. La victime n'avais pas été identifiée mais puisqu'on avait une victime et une coupable, l'affaire tombait à pic après le changement de majorité des élections présidentielle. L'affaire fut montée en épingle par les médias - qu'une enseignante modèle tranche les inconnus pour les essorer à 800 tours/minute était bien le signe d'une société en crise - elle eut donc un procès exemplaire et fut condamnée à trente ans de travaux forcés.

 

Elle espérait devenir célèbre en écrivant un roman et elle venait d'entrer dans l'histoire en tant que première pensionnaire du bagne de Cayenne que le nouveau pouvoir venait de remettre en service.

 

En jetant un regard circulaire sur ses compagnons d'infortune enchaînés comme elle aux bancs du ferry qui les emmenait vers la Guyane elle reconnaissait parmi eux certains de ses premiers supporters. Qu'avaient ils donc fait pour être eux aussi du voyage ?

 

Papillon en grande conversation avec Claude au nom prédestiné avait sûrement dû dire haut et fort ce qu'il pensait de nos nouveaux dirigeants. Les Poloni blottis contre la rambarde avaient dû tomber pour utilisation abusive de papier toilette. Hanz avait probablement pactisé avec l'ennemi et tenté de faire le front là ou ailleurs. Et Josiane ! sa propre sœur, il paraît qu'elle avait été contrôlée positive à 4,4 g au volant d'un caddie à Intermarché. Eric était tombé pour une histoire de cul sans aucun doute mais elle allait enfin l'avoir pour elle si les baraquements des prisonniers étaient mixtes.

 

Tout un groupe de prisonniers se tenait à l'écart des autres du côté sous le vent. Les gardiens les avaient isolés car le vent pourtant fort dissipait difficilement les relents laissés par leur flatulences. Pourvu qu'en Guyane on ignore le pain de seigle !

 

La présence de Thierry Ardisson équipé d'un parachute était une énigme pour elle mais après tout elle avait trente ans pour comprendre. Si on lui laissait du papier et un crayon c'est promis elle allait l'écrire ce roman.